En cas d’événement indésirable associé aux soins, l’attention se porte légitimement sur le patient. Pourtant, le professionnel de santé impliqué peut lui aussi être profondément affecté. On parle alors de soignant “seconde victime”.
Cette situation correspond à une souffrance émotionnelle pouvant associer culpabilité, anxiété, perte de confiance, peur du regard des autres ou inquiétude médico-légale. Cette réaction est fréquente, normale et documentée. Lorsqu’elle n’est pas reconnue ni accompagnée, elle peut altérer la santé du professionnel, sa pratique clinique et impacter directement la sécurité des patients.
Identifier une situation de seconde victime chez un soignant
Un accompagnement doit être proposé dès la survenue d’un événement indésirable grave ou lorsqu’un professionnel présente des signaux inhabituels, tels que :
- repli sur soi ou isolement,
- culpabilité excessive ou rumination,
- anxiété persistante,
- inquiétude médico-légale marquée,
- modification du comportement professionnel habituel.
Le rôle des cadres de santé et des collègues est d’identifier précocement ces signaux et d’ouvrir un espace de soutien. Il ne s’agit ni d’analyser l’événement, ni d’évaluer les pratiques, ni de rechercher une responsabilité.
Quel message adresser à un soignant seconde victime ?
Le premier contact doit être simple, clair et sans jugement. Le message clé est le suivant :
« Ce que tu ressens est fréquent après ce type d’événement. Tu n’as pas à gérer cela seul. »
Ce message permet de reconnaître l’impact émotionnel, de normaliser la réaction et de faciliter l’accès à une aide, sans entrer dans une analyse technique ou organisationnelle.
Accompagner une seconde victime : rôle du cadre de santé
Le cadre de santé joue un rôle central dans l’accompagnement des secondes victimes. Lorsque cela est possible, les ressources internes de l’établissement doivent être mobilisées en priorité :
- psychologue de l’établissement ou cellule de soutien,
- médecine du travail,
- maison de la psychologie,
- référent qualité, gestion des risques ou référent seconde victime.
L’enjeu n’est pas uniquement d’informer, mais de rendre le recours au soutien légitime, accessible et non stigmatisant. Le cadre facilite concrètement la mise en relation et sécurise la démarche.
Ressources externes pour les soignants en difficulté
Si le professionnel ne souhaite pas ou ne peut pas mobiliser les ressources internes, il est essentiel de lui transmettre des solutions externes fiables, immédiatement joignables.
- Association SPS – Soins aux Professionnels de Santé
Numéro national : 0805 23 23 36
Écoute 24h/24 – 7j/7 par des professionnels formés. - Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM)
Numéro d’écoute : 0800 288 038
Dispositif de soutien et d’orientation pour les médecins en difficulté.
En cas d’inquiétude médico-légale, rappeler l’existence de l’assurance professionnelle ou de la protection juridique contribue également à réduire l’anxiété et à restaurer un sentiment de sécurité.
Seconde victime : attitudes à éviter
Certaines réactions peuvent aggraver la souffrance du professionnel et doivent être évitées :
- minimiser ce qu’il ressent,
- analyser l’événement à chaud,
- chercher un responsable,
- promettre l’absence de conséquences,
- imposer une reprise immédiate d’une activité à risque alors que l’impact émotionnel persiste.
Quand renforcer la prise en charge d’un soignant seconde victime ?
Si le professionnel présente un mal-être intense, une désorganisation majeure, des idées noires ou un risque pour lui-même ou pour les patients, le cadre doit agir sans délai :
- activation de la médecine du travail,
- orientation vers un soutien psychologique spécialisé,
- mise à distance temporaire de l’activité clinique si nécessaire.
Seconde victime et sécurité des patients : un enjeu indissociable
Accompagner une seconde victime n’est ni accessoire ni optionnel. Il s’agit d’une action essentielle de :
- sécurité des patients,
- prévention des risques psychosociaux,
- développement d’une culture juste et apprenante en établissement de santé.
Soutenir les professionnels après un événement indésirable contribue directement à la qualité, à la fiabilité et à la sécurité des soins.



